Alexandre Monnin vient de m'envoyer cet article du Guardian. Il ne date pas d'hier, mais il est tout autant pertinent. Intitulé "
Le pouvoir du peuple fait du Web la prochaine révolution en ligne", il montre qu'à s'occuper des effets, on pense hier et pas le présent et donc encore moins l'avenir.
L'article rend compte du livre d'un penseur reconnu des technologies expliquant comment les internautes, ensemble, changent tous les aspects de nos vies. Cet article parle essentiellement de performances réalisées grâce au web et pose la question de savoir pourquoi on n'utiliserait pas ces possilités à d'autres fins que celles à mettre en lignes des jeux.
En fait, ce papier illustre bien le problème de notre époque. Nous n'avons jamais disposé d'autant de moyens et de si peu de visions et d'idées pour les exploiter à leur juste valeur.
L'idée et le développement de la Croix Rouge, celle d'Amnesty International, par exemple, n'ont pas attendu l'Internet pour éclore et finir par s'imposer. Cela a demandé beaucoup de temps, d'efforts, de convictions. Du coup, ces difficultés servaient de filtres.
Ne survivaient que les causes qui en valaient la peine, qui arrivaient au bon moment (soit parce qu'un événement créait ce bon moment-là, soit parce que la perception du problème avait mûri, etc) et sous une forme plus achevée. Ces trois conditions étaient et sont encore requises. Les grandes idées marchent à l'heure militaire. Avant l'heure, c'est pas l'heure.
L'Internet, comme tous les moyens de communication de masse d'ailleurs, favorise la création des deux dernières conditions. C'est ce qui fait leur fortune parce que l'achat en masse d'un produit, le succès commercial, procède de ce même phénomène
En final, et plus globalement, cet article pose moins la question de l'existence du potentiel contenu dans chaque situation et la capacité des êtres et des choses de la vie d'en tirer parti dans certaines circonstances, que la découverte que compte tenu de la nature même des technologies qui fondent l'Internet, on soit surpris qu'elles permettent de les exploiter. Cette capacité-là des techniques n'a donc pas encore vraiment trouvé d'utilité nouvelle pour ce qui concerne le sort des hommes, mais de toute évidence, au-delà de la publicité, elle attise déjà des convoitises. Celle au moins d'expérimenter sur l'homme, le pouvoir d'activer et de faire marcher la "machine". Pour le meilleur ou pour le pire ? Telle est la question parce qu'à ce niveau, à utiliser à tort et à travers ces potentialités-là, on manipule et surtout on banalise ce que la vie a d'exceptionnel et qui la rend surprenante et merveilleuse.
Dès lors, la question n'est donc pas de nature technique, mais bien éthique et donc, in fine, éducative. L'Internet exige que nous apprenions à élever le niveau de nos ambitions pour prendre la mesure de ses possibilités et être à la hauteur de nos responsabilités. Sinon nous nous condamnons à faire de la société de l'information et de la connaissance, la société qui tourne les hommes et la vie en dérision.
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