La création de ce réseau "social" est l'aboutissement d'un long travail de pratiques et de réflexion dans le domaine de l'ingénierie de médias de masse et de groupe, d'une part, et de recherche y compris académique, d'autre part.
Il est le fruit d'un constat. Celui que le traitement numérique des données (le numé-rique, pour faire court) constitue une révolution de même nature que celle introduite en son temps par l'écriture.
Quand on sait que l'écriture, en fixant les savoirs, a non seulement permis de faire avancer la connaissance mais qu'elle a aussi fourni des outils de présentation des infor-mations (listes, tableaux) fournissant à l'homme de nouveaux moyens de pensée, qu'elle est aussi, à l'origine de la création des villes, des nations et des Etats tels que nous les connaissons, cela donne une idée de l'ampleur des changements que le numérique, les nouvelles technologies et les réseaux vont introduire dans la vie de l'humanité.
Reste que quand tout change, passé un cap, l'important n'est plus ce qui change, mais, justement, ce qui ne change pas. Du moins, si on veut : 1) ne pas subir le chan-gement, 2) se poser les bonnes questions à propos de ce qui change, 3) comprendre ce qui se passe.
L'application de cette règle paraît d'autant plus judicieuse que les nouvelles techno-logies relèvent du bien d'équipement. Par nature, on ne peut donc pas utiliser ces nou-velles technologies sans produire une valeur ajoutée. Si ce n'est pas pour soi, c'est obli-gatoirement au profit des autres, sinon d'un autre... Autrement, les dispositifs que vous utilisez n'existeraient pas ou n'auraient pas survécu ce qui revient au même à terme.
Ceci est vrai non seulement pour les adultes, mais l'est tout autant pour les enfants quand ils se servent de ces technologies. Que ce soit pour jouer, travailler ou pour ap-prendre...
La particularité du numérique est de permettre de produire de la diversité sur un mode industriel, particularité à laquelle il faut ajouter l'interactivité fondamentale de ces nouvelles technologies, le tout impliquant que les savoirs liés à l'utilisation de ces techniques renvoient à des compétences plus qu'à des connaissances absolues et figées. Il s'agit moins, en effet, de savoir en soi que de savoir mobiliser ses connaissances en fonction d'une situation donnée. C'est dire l'importance que l'on attache à la littératie et à la numératie, mais aussi, on le sent bien, celle que va prendre la "digital literacy", cette compétence - cet art ? - d'utiliser à bon escient les nouvelles technologies en te-nant compte de soi et de ce que l'on veut exprimer. C'est-à-dire, produire pour soi et pour les autres, non au profit exclusif de certains.
C'est dire que la qualité des savoirs liés aux compétences n'existent pas en soi. Elle est directement fonction de la finalités des actions entreprises et, partant, des savoir-faire qui permettent de les choisir et de les mettre en œuvre de la façon la plus effi-ciente.
L'hypothèse sur laquelle repose la démarche "Social World in Progress / Le Monde So-cial en Construction" part de l'idée qu'il ne peut y avoir de réelle "digital literacy" sans capacité à développer des ambitions qui soient en rapport avec les moyens dont l'hom-me et l'humanité disposent dorénavant. Ce que, de toute évidence, nous ne savons pas encore faire.
Une façon d'y parvenir consiste, nous semble-t-il, à ouvrir l'école à la vie économique et sociale en lui donnant, bien sûr, les dimensions humaines nécessaires. Et tant qu'à vouloir apprendre aux enfants à utiliser ces technologies, il importait de leur apprendre à développer et à mener à bien des projets réels, c'est-à-dire, à confronter leurs projets aux réalités du monde, celui des adultes, en particulier.
Afin d'inscrire ces apprentissages dans une logiques de réussite sociale et économique pérenne, je suis parti de démarches de projets menées dans le cadre de programmes d'aide à l'apprentissage des nouvelles technologies à l'école, démontrant largement la capacité des enfants de 12-14 ans à mener à bien des actions aboutissant à la création d'activités qui auraient pu - auraient dû - être pérennes et qui auraient permis d'assurer à ces enfants des débouchés professionnels à terme. Ceci sans compter les bénéfices immédiats tirés par la collectivité concernée.
De fait, les initiatives locales seront élaborées et lancées, sur la base d'un protocole partagé. Ces initiatives sont lancées en partant de l'analyse de besoins auxquels sont confrontés l’école ou la communauté à laquelle appartiennent les enfants, traités de telle sorte qu'un premier travail des enfants encadré par leur professeur débouche sur reformulation du problème sous forme de solution à terme soit la création d'une réelle opportunité d'activité de valorisation des enfants et des adultes concernés, mais aussi des ressources locales, s’inscrivant dans le moyen-long terme.
Dès lors, il devenait normal de vouloir inscrire ce travail de recherche et de dévelop-pement dans le cadre des programmes nationaux et internationaux de Développement local, humain, social, économique et culturel, et ce, dans le cadre d'une activité éco-nomique dite sociale parce que créatrice de profits tout en s'inscrivant dans une logique d'intérêt publique. Il s'agit clairement, ici, de créer, une fois encore, les emplois futurs des enfants encore à l'école.
Ce réseau social a donc pour vocation de permettre de rassembler les compétences nécessaires à l'élaboration des conditions nécessaires à la mise en place du "Mouvement des Enfants du Monde pour le Développement®", réseau fédérant les initiatives locales agrées devant servir aussi de support au réseau d'entreprises sociales issues de ces ini-tiatives.
Ce qui importe de déterminer aujourd'hui, c'est l'intégration de cette "digital litera-cy" dans les parcours scolaires traditionnelles. La façon de prendre en compte non seu-lement les impératifs éducatifs de l'école classique mais de les enrichir au passage. Dans d'autres domaines, on parlerait de "fertilisation" de la pédagogie par les nouvelles tech-nologies.
C'est aussi d'étudier et de mettre en place les moyens d'accompagnement des initia-tives à leur tout début. C'est l'élaboration de "modes d'emploi" capables de s'adapter à des conditions locales diverses non seulement sur le plan matériel, mais aussi sur les plans culturel, économique, linguistique. C'est aussi le suivi des actions, le soutien à ap-porter aux enseignants...
C'est bien sûr élaborer et mettre au point le site "place d'échanges et de marché" as-surant la publicité internationale de chacune des actions engagées sur le terrain, per-mettant la recherche des ressources manquantes par le biais d'appel à contribution ou de lancement d'appels d'offres, mais aussi, dans un deuxième temps, la valorisation (la commercialisation) de leur production. C'est aussi déterminer le modèle économique devant permettre le développement tant du site que celui de la promotion de l'activité du "Mouvement des Enfants du Monde pour le Développement".
C'est dire que la construction de ce "monde social" va demander l'intervention de compétences très pointues dans des domaines comme le droit, la fiscalité, le commerce national et international ... , mais aussi les transferts de technologie, l'aménagement des territoires, la santé, le social, l'équipement concernant aussi bien les machines que l'infrastructure...
C'est dire, dans le même ordre d'idée, qu'il faudra mobiliser les responsables politi-ques au plus haut niveau des Etats et des organisations internationales et créer pour ce-la un événement annuel permettant de faire un point sur cette forme de développe-ment.
Ceci sans compter, évidemment, le financement de ces opérations qui, pour bien fai-re, devrait passer par une optimisation de l'utilisation des flux financiers entre les membres expatriés des familles et les personnes restées au pays.
C'est dire aussi que la construction d'un "monde social" nécessitera aussi un travail de recherche sur... la recherche et ses modes de pensée, de façon à traiter de la question de notre mode de pensée et, en particulier, des modèles de représentation et de prévi-sion, dépassés par l'étendue même du déploiement atteint par les NTIC.
Il y aura donc du travail pour tout le monde. Et comme j'évoque ce travail, un des premières choses à étudier et à régler est celle de la rémunération et des modes de ré-tribution de chacun. Ce qui n'est pas uniquement une affaire de sous mais aussi de droits. De fait, cette démarche, vous l'avez compris, s'inscrit dans le cadre d'une activi-té de services devant générer les profits nécessaires au développement du projet et donc d'une entreprise à vocation sociale.
L'aventure est plus que belle. J'espère que, pour votre plaisir, elle vous inspirera et que vous rejoindrez ce réseau et que vous trouverez le domaine où apporter vos compé-tences, vos talents et votre personnalité pour participer au développement et au dé-ploiement de ce projet.
Dans cet espoir, et en attendant, je vous remercie pour votre attention.
Patrick Yeu
CEO The Incubator Ltd