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Patrick Yeu

Leçon inaugurale "Savoirs contre pauvreté" du Collège de France : Qu'en pensez-vous ?

Après un temps certain de réaction (la température extérieure certainement), j'ai réalisé que la note sur la Leçon inaugurale de la Chaire internationale "Savoirs contre pauvreté" du Collège de France avait sa place plutôt ici !

Je reprends donc le texte de la note en forme d'introduction à la discussion souhaitée. Merci Florence :)
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Finalement, grâce à Aurore, j'ai appris à temps que la salle était pleine et qu'il était donc inutile de me jeter dans le froid. Du coup, j'ai assisté de chez moi, en live, à cette première leçon inaugurale. Premières observations pratiques, la captation est techniquement parfaite. Une deuxième caméra aurait été la bienvenue. Surtout cela aurait pu permettre une meilleure vision des schémas et autres "slides" projetés. La leçon sera disponible en ligne à partir du 12. Un débat est organisé en visioconférence avec les campus numériques francophones d'Antananarivo, Bamako, Rabat Sofia et Yaoundé.(www.auf.org) le 13 janvier.

PREMIÈRES IMPRESSIONS

J'avoue avoir été quelque peu assommé par le débit de la conférencière :) Mais bon, la critique est facile....

J'ai surtout retenu de cette leçon, deux choses. La première est de privilégier l'action sur le terrain en dénonçant les échecs des remèdes généraux ; la seconde, conséquence de la première, est la volonté d'appliquer un certain traitement scientifique aux approches terrain concernant la "lutte contre la pauvreté". Il a même été évoqué, lors de la présentation de la chaire et de sa première titulaire, la création d'"une science de l'action sur le terrain".

Toutefois, malgré les nuances apportées par l'oratrice, la démarche scientifique est motivée par l'idée que les décisions politiques ont besoin d'outils rigoureux sinon objectifs ce qui renvoie au niveau de logique remis en cause concernant les grands remèdes.

C'est donc une démarche caractérisée, qu'on le veuille ou non par la prééminence des statistiques et des techniques scientifiques sur la dimension humaine et réellement politique de la lutte contre la pauvreté, qui nous a été présentée.

Partant, il a été proposée une approche reposant sur le principe d'une expérimentation "créative" destinée a) à permettre d'intégrer au mieux la dimension scientifique dans la réalité observée. Mais, là aussi, les enjeux et les financements même de la démarche scientifique limitent forcément la portée de cette intégration. Le but n'est pas la lutte contre la pauvreté, mais bien l'observation et la mesure scientifique de la lutte contre la pauvreté ce qui n'est pas la même chose. Partant les questions abordées, concernant b) les méthodes c) les outils, portent plus sur les notions de lutte contre pauvreté qu'elles ne traitent de lutte contre la pauvreté en elle-même ouvrant sur une vision quelque peu paradoxale sinon schizophrénique du traitement local sur le court, moyen et long terme de la question de la pauvreté (elle-même peu ou pas explicitée).

Une fois encore, le but recherché étant d'évaluer scientifiquement les dispositions et, en particulier, les projets mis en œuvre dans le cadre de la lutte contre la pauvreté, la démarche aboutit à rechercher et à évaluer l'outil devant permettre d'y parvenir dans les meilleures conditions possibles. Ceci permet 1) de définir un outil, en l'occurrence, la technique d'évaluation dite aléatoire et 2) de décrire certaines réalités, y compris humaines, du terrain moins en elles-mêmes qu'en tant que difficultés à élaborer des modèles scientifiques efficaces.

C'est à ce point que l'approche concernant l'observation de la lutte contre la pauvreté et donc le propos sur la lutte contre pauvreté, d'une part, et les difficultés de la lutte contre la pauvreté en elle-même, d'autre part, se rejoignent bien que les dés soient pipés dans la mesure où, une fois encore, la démarche vise moins la lutte contre la pauvreté en elle-même que de fournir une expertise jugée nécessaire à la prise de décision politique concernant la "lutte contre la pauvreté", voire son éradication sans que la pauvreté en question soit, une fois encore, définie autrement que sous une forme bien réelle mais réductrice qui est celle de l'urgence (en contradiction avec des prises de décisions de nature justement politique devant porter sur le moyen, long terme).

Au-delà de ces tensions paradoxales, la confrontation de la science à la réalité n'est pas sans intérêt puisqu'elle amène à prendre en compte la limite des modèles macroéconomique et la difficulté sinon l'impossibilité de mener une réflexion et une action à ce niveau. Que, par contre, la nécessité d'adapter l'évaluation aux dimensions particulières du terrain peut permettre d'élaborer des modèles microéconomiques sous forme de briques. L'idée étant de pouvoir assembler ces briques en vue d'élaborer - de faire "émerger" - des modèles macroéconomiques d'inspiration plus pratiques que théoriques (qui soulèvent ou devraient soulever les questions sur la nature de la pauvreté en vue de définir la nature même de la lutte contre la pauvreté pourtant indispensable, in fine, pour définir des objectifs politiques clairs et précis. Ce qui, d'ailleurs remettrait en cause la démarche proposée puisqu'elle pose, en préalable, qu'il n'existe pas aujourd'hui de remède politique à la la lutte contre la pauvreté. La question n'étant pas posée de savoir si ce n'est pas justement l'organisation politique actuelle qui serait à l'origine de l'incapacité à aborder les questions posées par le développement des inégalités et de la misère dans le monde. (Ce qui me semble être la bonne question d'ailleurs).

Une fois encore, la question posée est celle de l'efficacité. Une fois encore, l'approche occidentale pose la nécessité de définir au préalable des cadres et des concepts théoriques, nécessité qui l'emporte alors, le plus souvent, sur la finalité même de l'action elle-même dès lors qu'elle pousse de côté le monde réel dans sa quotidienneteté. La lutte contre la pauvreté, du fait même de la complexité de ce qu'est la pauvreté, ne va pas d'autant moins de soi que la pauvreté, bien qu'universelle, est, effectivement, un concept tout à fait particulier et spécifique aux gens et aux situations. C'est ainsi que l'action contre la pauvreté en tant que telle est une démarche généreuse, mais paradoxale. Elle l'est dans la mesure où elle implique d'imposer à d'autres sa vision, à soi, de leur pauvreté à eux tout en évitant de devoir trop se poser la question de savoir ce qu'est sa pauvreté à soi.

Voilà mes premières impressions. Merci de les discuter.


DERNIÈRE HEURE

Le Monde daté 10 janvier 2009, à paraître cet après-midi 9 janvier, va publier des extraits de cette leçon inaugurale.

Bien cordialement à vous.

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Réponses à cette Discussion

Reproduction, avec son autorisation, de la réponse d'Olivier Francomme envoyée par mail :

Bonjour à tous,
il me semble que les discours sur la pauvreté n'évoluent pas beaucoup...
il y aurait quelques éléments à reprendre dans ce genre de conférence, mais cela ressemblera à une extraction parcellaire (partiale ?)

- on reste dans le discours sur! (ça manque de pauvres)
-ça manque sérieusement de coopération, dans le sens de la rencontre avec l'altérité. (est-ce que l'autre est pris en compte dans l'élaboration des solutions?)
-il y a d'autres approches de la pauvreté : la désaffiliation par exemple, il n'y est pas fait mention...

à bientôt
coopérativement
Olivier

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Voici mes commentaires aux observations d'Olivier Francomme :


Bonjour à tous,
il me semble que les discours sur la pauvreté n'évoluent pas beaucoup...


Pire, il s'enferre. A traiter uniquement des "maladies" de la pauvreté (faim, détresses ...) qui réclament effectivement des mesures d'urgence (ce qui facilite, il est vrai les demandes de financement), on passe à côté de la nature même de ce qu'est la pauvreté et donc, de ses aspects positifs, indispensables au développement de la vie sociale.

il y aurait quelques éléments à reprendre dans ce genre de conférence, mais cela ressemblera à une extraction parcellaire (partiale ?)

Compte tenu du point de vue - la science comme source d'expertise nécessaire à la prise de décision politique -, les éléments intéressants sont essentiellement épistémologiques. L'idée du rapport au terrain est vidée en grand partie de son intérêt par les protocoles scientifiques, même si il en reste quelque chose (en particulier, sur l'élaboration de modèles plus "réalistes" parce que plus précis et donc plus limités). Mais même ça a des limites dès que l'on sort de la sphère de la connaissance pour la connaissance.

- on reste dans le discours sur! (ça manque de pauvres)

Oui mais ce qui finit par être la question intéressante, c'est d'essayer de savoir pourquoi on ne parvient pas à sortir de cette logique excluant le réel. Le point de vue scientifique, parce que spécialisé, est une explication nécessaire mais elle est loin d'être suffisante. Il a déjà été apporté des éléments de réponse à la question de savoir pourquoi depuis au moins la Seconde Guerre mondiale, les chercheurs pensent en termes de problèmes et se refusent à penser en termes de solutions. Mais, à mon avis, cela va encore plus loin. Face aux bouleversements auxquels ils sont confrontés, les "penseurs" et les "décideurs" sont convaincus qu'il faut penser autrement ce qui implique d'exclure ses façons de penser et donc, indirectement, celles des autres sauf à les copier servilement. Evidemment, c'est ce qu'il ne faut pas faire. La question n'est pas de penser autrement, mais différemment et donc pour commencer a à apprendre à faire le point sur soi non pas en soi mais pour faire sens et donc, par rapport 1) aux lendemains, mais surtout, 2) à l'avenir ce qui nous propulse au cœur de l'éducation de demain pour ne pas dire d'aujourd'hui. Voilà une des raisons majeures (les autres étant les intérêts, à court terme, économiques, financiers et politiques) pour lesquelles même quand la volonté de coopération est affichée, elle n'aboutit pas et finit par échouée validant ainsi l'hypothèse implicite selon laquelle, en dehors de l'urgence, il n'y a guère de salut...

-ça manque sérieusement de coopération, dans le sens de la rencontre avec l'altérité. (est-ce que l'autre est pris en compte dans l'élaboration des solutions?)

Le pire, c'est que, même la prise en compte de l'autre est souhaitée, ça vire mal le plus souvent, un modèle "colonisant" l'autre. En matière de coopération, la question préalable à résoudre, au cas par cas, est de savoir comment sortir de cette impasse paradoxale. Parce qu'évidemment, l'autre est confronté aussi, pour les mêmes raisons de bouleversements du monde, aux mêmes types de difficultés que soi. De toute évidence, aujourd'hui, ce sont les conditions mêmes d'une coopération naturelle qui sont absentes, sinon exclues des situations existantes. C'est cette absence même qui nous ramène au versant positif de la pauvreté que l'aide et le développement et leurs activités associées (recherche, science, commerce, finance, politique, éducation, santé, etc.) occultent totalement.

-il y a d'autres approches de la pauvreté : la désaffiliation par exemple, il n'y est pas fait mention...

Et pour cause. En fait, je crois indispensable de proposer une vision plus juste, plus équilibrée, plus enrichissante de la pauvreté. Cette description va faire l'objet d'un thème de discussion en soi. Elle devrait ouvrir sur d'autres champs d'interrogation comme les questions dites de gouvernance, de société(s), d'éducation et d'école... Si vous voyez où je veux en venir :), mais aussi de méthodes et d'actions.

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Voici l'adresse permettant d'accéder aux extraits de la Leçon inaugurale publiés par Le Monde ainsi qu'aux commentaires laissés par les lecteurs :

http://www.lemonde.fr/opinions/article/2009/01/09/combattre-la-pauv...

Copyright Le Monde 2009
Droits de reproduction et de diffusion réservés

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La présentation de la Leçon inaugurale ainsi que la captation vidéo sont disponibles là :
http://www.college-de-france.fr/default/EN/all/cha_int/

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