Après un temps certain de réaction (la température extérieure certainement), j'ai réalisé que la note sur la Leçon inaugurale de la Chaire internationale "Savoirs contre pauvreté" du Collège de France avait sa place plutôt ici !
Je reprends donc le texte de la note en forme d'introduction à la discussion souhaitée. Merci Florence :)
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Finalement, grâce à Aurore, j'ai appris à temps que la salle était pleine et qu'il était donc inutile de me jeter dans le froid. Du coup, j'ai assisté de chez moi, en live, à cette première leçon inaugurale. Premières observations pratiques, la captation est techniquement parfaite. Une deuxième caméra aurait été la bienvenue. Surtout cela aurait pu permettre une meilleure vision des schémas et autres "slides" projetés. La leçon sera disponible en ligne à partir du 12. Un débat est organisé en visioconférence avec les campus numériques francophones d'Antananarivo, Bamako, Rabat Sofia et Yaoundé.(
www.auf.org) le 13 janvier.
PREMIÈRES IMPRESSIONS
J'avoue avoir été quelque peu assommé par le débit de la conférencière :) Mais bon, la critique est facile....
J'ai surtout retenu de cette leçon, deux choses. La première est de privilégier l'action sur le terrain en dénonçant les échecs des remèdes généraux ; la seconde, conséquence de la première, est la volonté d'appliquer un certain traitement scientifique aux approches terrain concernant la "lutte contre la pauvreté". Il a même été évoqué, lors de la présentation de la chaire et de sa première titulaire, la création d'"une science de l'action sur le terrain".
Toutefois, malgré les nuances apportées par l'oratrice, la démarche scientifique est motivée par l'idée que les décisions politiques ont besoin d'outils rigoureux sinon objectifs ce qui renvoie au niveau de logique remis en cause concernant les grands remèdes.
C'est donc une démarche caractérisée, qu'on le veuille ou non par la prééminence des statistiques et des techniques scientifiques sur la dimension humaine et réellement politique de la lutte contre la pauvreté, qui nous a été présentée.
Partant, il a été proposée une approche reposant sur le principe d'une expérimentation "créative" destinée a) à permettre d'intégrer au mieux la dimension scientifique dans la réalité observée. Mais, là aussi, les enjeux et les financements même de la démarche scientifique limitent forcément la portée de cette intégration. Le but n'est pas la lutte contre la pauvreté, mais bien l'observation et la mesure scientifique de la lutte contre la pauvreté ce qui n'est pas la même chose. Partant les questions abordées, concernant b) les méthodes c) les outils, portent plus sur les notions de lutte contre pauvreté qu'elles ne traitent de lutte contre la pauvreté en elle-même ouvrant sur une vision quelque peu paradoxale sinon schizophrénique du traitement local sur le court, moyen et long terme de la question de la pauvreté (elle-même peu ou pas explicitée).
Une fois encore, le but recherché étant d'évaluer scientifiquement les dispositions et, en particulier, les projets mis en œuvre dans le cadre de la lutte contre la pauvreté, la démarche aboutit à rechercher et à évaluer l'outil devant permettre d'y parvenir dans les meilleures conditions possibles. Ceci permet 1) de définir un outil, en l'occurrence, la technique d'évaluation dite aléatoire et 2) de décrire certaines réalités, y compris humaines, du terrain moins en elles-mêmes qu'en tant que difficultés à élaborer des modèles scientifiques efficaces.
C'est à ce point que l'approche concernant l'observation de la lutte contre la pauvreté et donc le propos sur la lutte contre pauvreté, d'une part, et les difficultés de la lutte contre la pauvreté en elle-même, d'autre part, se rejoignent bien que les dés soient pipés dans la mesure où, une fois encore, la démarche vise moins la lutte contre la pauvreté en elle-même que de fournir une expertise jugée nécessaire à la prise de décision politique concernant la "lutte contre la pauvreté", voire son éradication sans que la pauvreté en question soit, une fois encore, définie autrement que sous une forme bien réelle mais réductrice qui est celle de l'urgence (en contradiction avec des prises de décisions de nature justement politique devant porter sur le moyen, long terme).
Au-delà de ces tensions paradoxales, la confrontation de la science à la réalité n'est pas sans intérêt puisqu'elle amène à prendre en compte la limite des modèles macroéconomique et la difficulté sinon l'impossibilité de mener une réflexion et une action à ce niveau. Que, par contre, la nécessité d'adapter l'évaluation aux dimensions particulières du terrain peut permettre d'élaborer des modèles microéconomiques sous forme de briques. L'idée étant de pouvoir assembler ces briques en vue d'élaborer - de faire "émerger" - des modèles macroéconomiques d'inspiration plus pratiques que théoriques (qui soulèvent ou devraient soulever les questions sur la nature de la pauvreté en vue de définir la nature même de la lutte contre la pauvreté pourtant indispensable, in fine, pour définir des objectifs politiques clairs et précis. Ce qui, d'ailleurs remettrait en cause la démarche proposée puisqu'elle pose, en préalable, qu'il n'existe pas aujourd'hui de remède politique à la la lutte contre la pauvreté. La question n'étant pas posée de savoir si ce n'est pas justement l'organisation politique actuelle qui serait à l'origine de l'incapacité à aborder les questions posées par le développement des inégalités et de la misère dans le monde. (Ce qui me semble être la bonne question d'ailleurs).
Une fois encore, la question posée est celle de l'efficacité. Une fois encore, l'approche occidentale pose la nécessité de définir au préalable des cadres et des concepts théoriques, nécessité qui l'emporte alors, le plus souvent, sur la finalité même de l'action elle-même dès lors qu'elle pousse de côté le monde réel dans sa quotidienneteté. La lutte contre la pauvreté, du fait même de la complexité de ce qu'est la pauvreté, ne va pas d'autant moins de soi que la pauvreté, bien qu'universelle, est, effectivement, un concept tout à fait particulier et spécifique aux gens et aux situations. C'est ainsi que l'action contre la pauvreté en tant que telle est une démarche généreuse, mais paradoxale. Elle l'est dans la mesure où elle implique d'imposer à d'autres sa vision, à soi, de leur pauvreté à eux tout en évitant de devoir trop se poser la question de savoir ce qu'est sa pauvreté à soi.
Voilà mes premières impressions. Merci de les discuter.
DERNIÈRE HEURE
Le Monde daté 10 janvier 2009, à paraître cet après-midi 9 janvier, va publier des extraits de cette leçon inaugurale.
Bien cordialement à vous.